Une chute de disque dur ne casse pas toujours le disque, mais elle déplace toujours quelque chose à l'intérieur. Les têtes de lecture survolent les plateaux à quelques microns : au moment de l'impact, cette distance tombe à zéro. Selon l'endroit et le moment du contact, le disque repart, perd quelques zones, ou devient définitivement illisible.

Disque dur externe tombé au sol, les gestes à faire immédiatement

Un disque tombé qui tourne encore est un disque en sursis.

Ce qui se produit à l'intérieur au moment de l'impact

Le disque dur est un appareil électromécanique qui stocke les données par enregistrement magnétique sur des plateaux en rotation. Pendant l'activité de lecture et d'écriture, les plateaux tournent à 5 400, 7 200, parfois 15 000 tours par minute, et les têtes de lecture flottent au dessus d'eux sur un coussin d'air de quelques microns, sans jamais les toucher. Cet équilibre est ce qui rend le disque à la fois précis et fragile : il suffit d'une accélération brutale pour que la tête entre en contact avec la surface magnétique. Le diagnostic du disque dur après une chute est une opération délicate, qui se fait en laboratoire et jamais sur le poste de l'utilisateur.

La hauteur de la chute n'est pas le paramètre décisif. Ce qui compte est l'état du disque au moment du choc, sous tension ou à l'arrêt, la surface de réception, et l'axe de l'impact. Un disque tombé de vingt centimètres en pleine écriture est souvent plus abîmé qu'un disque tombé d'un mètre alors qu'il était éteint et têtes rangées sur leur rampe.

Plateaux cassés

Si les plateaux sont en verre, ils peuvent se briser en morceaux sous l'effet du choc. Le signe est sans ambiguïté : en déplaçant lentement le disque de gauche à droite, on entend un bruit de maracas. La destruction est totale, la couche magnétique n'existe plus en tant que surface continue, et aucune récupération de données n'est possible.

Plateaux de disque dur brisés en morceaux après une chute

Cette technologie de plateaux en verre est ancienne et a pratiquement disparu du marché, mais il reste des disques de ce type en circulation, notamment sur d'anciens ordinateurs portables. Les disques de moins de dix ans utilisent des plateaux en alliage, qui ne se brisent pas. Ils ne sont pas pour autant à l'abri, comme le montrent les cas suivants.

Rabotage des plateaux

Ce phénomène est le plus destructeur des dégâts courants. Il s'agit du crash des têtes de lecture sur la zone de données, avec arrachement de la couche magnétique. L'image est celle d'un avion qui se pose sur une piste sans avoir sorti son train.

Plateau de disque dur raboté, couche magnétique arrachée

Atterrissage forcé après un choc

En fonctionnement normal, les têtes ne touchent jamais les plateaux, elles flottent sur une lame d'air de l'ordre du micron. Sous l'effet de la chute, cet espace se réduit à zéro. Les têtes agissent alors sur le plateau comme un rabot sur du bois : une couche de matière est arrachée et se disperse à l'intérieur du disque sous forme d'un nuage de particules noires, ce qui provoque en cascade l'atterrissage des autres têtes.

Dégradation du filtre interne

Un disque dur n'est pas hermétique, il respire par un filtre. Quand ce filtre vieillit, il laisse passer des particules plus grosses que la distance entre la tête et le plateau. Il suffit qu'une de ces particules se place au mauvais endroit pour que le crash soit immédiat, puis se propage à cause de la poussière générée par le premier contact.

Dans les deux cas, c'est la matière qui porte les données qui est détruite. La récupération de données sur un disque dur tombé aux plateaux rabotés est impossible, et aucun logiciel n'y change rien.

Déformation des têtes de lecture

Notre laboratoire observe régulièrement des blocs de têtes déformés après une chute, la première tête venant s'écraser sur la deuxième.

Tête de lecture écrasée sur la tête voisine après une chute

Cette déformation empêche le mouvement radial du bloc au dessus des plateaux, ce qui est plutôt une bonne nouvelle : une tête déformée qui resterait mobile sur un plateau en rotation créerait rayures et impacts, donc des erreurs de lecture, et parfois la fin de tout espoir de récupération. Un logiciel de récupération de données est ici sans effet, et chaque tentative de lecture aggrave l'état de la surface.

Dommages partiels sur le bloc de têtes

Il arrive que le bloc conserve sa géométrie mais qu'une tête, ou plusieurs, soit physiquement endommagée. Le disque semble alors fonctionner normalement, sans bruit suspect, et l'utilisateur constate simplement que certains fichiers s'ouvrent et d'autres non.

Bloc de têtes de lecture endommagé partiellement après une chute

C'est le cas le plus trompeur, parce qu'il ressemble à une panne logique. Il n'en est pas une : les données inaccessibles le sont parce que la tête qui devait les lire ne lit plus. Pour que le disque continue de démarrer sans claquer après une chute, il faut que les têtes principales, celles qui lisent le firmware, soient intactes. Dès qu'elles sont touchées, le disque ne s'initialise plus.

Grippage du moteur

Le moteur qui entraîne les plateaux est composé d'un rotor et d'un stator, et l'axe du rotor doit rester parfaitement centré. Une chute peut dévier cet axe : les champs magnétiques du rotor et du stator s'opposent alors et le moteur se grippe.

Moteur de disque dur grippé après une chute

Le grippage touche surtout les disques 3.5 pouces à bain d'huile. La récupération de données reste possible, à condition que les plateaux soient physiquement sains, par dégrippage ou par transfert des plateaux sur un châssis identique.

Blocage du moteur

Le blocage est différent du grippage. Ici, les têtes de lecture sont tombées sur les plateaux et freinent la rotation : le moteur reste coincé sous les têtes collées. À la mise sous tension, on entend un bip bip bref, puis plus rien.

Moteur bloqué par des têtes de lecture collées sur les plateaux

L'endroit où les têtes se sont posées est presque toujours marqué. La récupération est possible à deux conditions : que le firmware ne se trouve pas sous l'impact, et que le bloc de têtes soit remplacé lors d'une ouverture en salle blanche. Dans de rares cas, les têtes collées restent exploitables après décollement et libération du moteur, mais le disque ne fonctionne plus jamais dans les conditions de l'utilisateur : il travaille en laboratoire, le temps du clonage et de l'extraction.

Secteurs défectueux générés par l'impact

C'est le scénario le plus favorable. Le disque continue de fonctionner, avec des erreurs de lecture ponctuelles qui correspondent aux zones touchées par les têtes au moment du choc. Sur les courbes que nous relevons, la zone endommagée se situe très souvent au début du disque, là où les têtes se trouvaient au moment de l'impact.

La récupération est ici tout à fait possible, à condition de ne pas insister sur les zones abîmées. Une lecture répétée d'un secteur défectueux ne fait pas apparaître les données, elle rapproche le disque d'un crash total. C'est exactement ce que fait un logiciel grand public lancé sur un disque tombé, et c'est pour cela qu'il aggrave la situation au lieu de la sauver.

Courbe HDTune d'un disque dur tombé, secteurs défectueux en rouge

H2 : Dommages sur le firmware

Le firmware est le programme interne du disque, inscrit en plusieurs copies dans une zone réservée des plateaux, invisible pour l'utilisateur mais accessible aux équipements de laboratoire. Si les têtes percutent cette zone au moment de la chute, les modules détruits ne sont plus lus et le disque ne s'initialise plus, alors même que les données de l'utilisateur sont intactes quelques millimètres plus loin. Selon le module touché, la réparation du firmware ouvre l'accès aux données, ou signe la fin de l'intervention.

Quand la chute n'a rien cassé

Si aucun des cas précédents ne s'est produit, le disque a eu de la chance. Cela ne veut pas dire qu'il est indemne. Une chute fragilise toujours la mécanique, raccourcit la durée de vie du disque et fait apparaître des secteurs défectueux plus tôt que prévu. La bonne réaction est de copier immédiatement les données sur un support sain, puis de retirer ce disque des usages sensibles.

Ce qu'il ne faut pas faire après une chute

Ne pas rallumer le disque pour vérifier s'il fonctionne encore : chaque mise sous tension fait passer les têtes au dessus de la zone déjà touchée. Ne pas secouer le disque autrement qu'une seule fois, lentement, pour écouter un éventuel bruit de plateaux cassés. Ne pas lancer de logiciel de récupération, ne pas lancer de vérification de disque, ne pas tenter de cloner avec un outil grand public. Ne pas ouvrir le boîtier hors salle blanche : une seule poussière suffit à provoquer le crash que l'on cherchait à éviter. Après une chute, la suite se joue en laboratoire : voir notre page récupération de données disque dur.

Une chute se traite en heures, pas en semaines.

FAQ - Chute de disque dur

Un disque dur tombé est il toujours perdu ?

Non. Sur les disques que nous recevons après une chute, la majorité des cas relève de têtes collées ou de secteurs défectueux, deux situations qui se récupèrent. Seuls les plateaux cassés et les plateaux rabotés sont sans retour, parce que la couche qui portait les données a physiquement disparu.

La hauteur de la chute change t elle quelque chose ?

Beaucoup moins que l'état du disque au moment du choc. Un disque tombé de vingt centimètres alors qu'il écrivait est souvent plus abîmé qu'un disque tombé d'un mètre alors qu'il était éteint, têtes rangées sur leur rampe.

Que signifie le bruit de maracas après une chute ?

Il signifie que les plateaux en verre se sont brisés à l'intérieur du boîtier. C'est le seul bruit qui permet de conclure immédiatement, et il signe une perte définitive des données.

Les coques antichoc protègent elles vraiment un disque externe ?

Elles limitent les rayures et les dégâts du boîtier, pas les dégâts internes. La coque ralentit la décélération de quelques millisecondes, ce qui ne suffit pas à empêcher le contact entre les têtes et les plateaux.

Mon disque tombé fonctionne encore, dois je faire quelque chose ?

Oui, copier vos données sur un autre support immédiatement, puis cesser de l'utiliser. Un disque tombé qui fonctionne encore est en sursis, et les secteurs défectueux apparaissent souvent dans les jours qui suivent.

Peut on récupérer un disque dur tombé sans salle blanche ?

Non dès qu'il faut ouvrir le disque, c'est à dire dans tous les cas de têtes collées, de têtes déformées ou de moteur bloqué. L'air ambiant contient des particules bien plus grosses que l'espace entre la tête et le plateau.

Chute de disque dur : ce qui casse vraiment à l’intérieur
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